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jeudi 3 juin 2021

Le Grand Tour d'Aigues-Mortes enfin visible à la Maison du grand site, c'est un début

 

Eugène Lefèvre-Pontalis, La Tour de Constance et le port d'Aigues-Mortes
Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine


©Nathalie Stickelbaut, LaTour de Constance et le port d'Aigues-Mortes, 2020


L'exposition Le Grand Tour d'Aigues-Mortes, du moins son début, est enfin visible, et jusqu'au 30 septembre, à la Maison du grand site de la Camargue gardoise, sur la Via Rhôna au bord de l'étang de la Marette.

Elle montre l'évolution des paysages camarguais en confrontant quelques photographies anciennes d'Eugène Lefèvre-Pontalis (1862-1923), Maurice Guibert (1856-1922), Médéric Mieusement (1840-1905), Henry de Lestrange (1853-1926), Georges Estève (1890-1975) André Langlois, Morancé (Vers 1940), Eugène Isnardon (1873-1947), Charles Boulary (1856-1916), avec les mêmes points de vue repris sous le même angle par les photographes de Regards d'Aigues-Mortes, Nathalie Stickelbaut, Alain Vielle, Patrice Banq, Jean-Pierre Servel, Alberto Garcia.

Les fonds anciens viennent de la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine du Ministère de la Culture, des Archives municipales de Marseille, et du fonds Boulary de la Ville d'Aigues-Mortes.

Depuis sa création, l'association Regards d'Aigues-Mortes s'attache à mettre en valeur les fonds photographiques anciens et à faire connaître les auteurs d'images souvent diffusées sous la forme de cartes postales anonymes comme c'était la vogue au début du XXe siècle.

Notre travail de confrontation des points de vue a commencé dès 2011 avec l'exposition Aigues-Mortes, 150 ans sous le même angle, à la Chapelle des Capucins. Depuis nous avons contribué à faire connaître l'oeuvre de Charles Boulary, photographe Aigues-Mortais redécouvert grâce à André Rancurel.

En parallèle, le Syndicat Mixte de la Camargue gardoise réalise un Observatoire Photographique des Paysages : développée par le ministère de l'Environnement dans les années 1990, cette méthode d'observation des transformations des paysages permet de comparer plusieurs images réalisées d'un même point de vue, au même cadre, mais à des moments différents espacés d'une ou plusieurs années.

Prévue en 2020, l'exposition Le Grand Tour d'Aigues-Mortes comporte davantage de photographies et elle a vocation à être rééditée ou partagée entre plusieurs sites.

La Maison du grand site de la Camargue gardoise et son sentier sont ouverts en visite libre du mercredi au dimanche de 10h à 18h, et à partir du 1er juillet de 10h à 19h (interruption de 12h30 à 13h30).

mardi 19 février 2019

Aigues-Mortes vue par ses photographes, André Rancurel et les photographes de Regards d'Aigues-Mortes


Aigues-Mortes est un cadeau pour les photographes. Ses habitants, ses amoureux, guettent toujours ses lumières infiniment changeantes sur les pierres, l’eau et le sable. Cité médiévale, village préservé et attaché à ses traditions camarguaises, premier salin et plus grand vignoble de France, Aigues-Mortes fascine depuis les débuts de la photographie.

L’association Regards d’Aigues-Mortes présente du 2 au 17 mars 2019 à la Chapelle des Capucins la vision de ses photographes, et met à l’honneur André Rancurel.

Alors qu’il réalise dans toute la France des vues aériennes pour un éditeur de cartes postales, André Rancurel est séduit par Aigues-Mortes. Il s’y installe en 1969. Il représente les photographes professionnels au niveau régional, puis national, et à la fin de sa carrière, il enseigne la photographie à Montpellier. Attentif à tous les procédés et à la transmission, il découvre l’oeuvre de Charles Boulary (1856-1916) dont le fonds est  grâce à lui conservé par la Ville d’Aigues-Mortes. Ses séries personnelles sur Aigues-Mortes sont puissamment originales et poétiques. C’est l’oeuvre d’André Rancurel qui est aujourd’hui mise en valeur.

Regards d’Aigues-Mortes présente aussi René Aujoulat, Dominique et Jean-Louis Baudequin, Gudrun Bauer, Eric Beaumer, Bernard Billet, Virginie Burgos, Jean-Marc Doussiere, Alberto Garcia, Maguy Lacombe, Serge Manse, Françoise Martin, Françoise Pichon, Isabelle Secretan, Jean-Pierre Servel, Michèle de Souza, Nathalie Stickelbaut, Alain Vielle, et rend hommage à Michel Travier, décédé en janvier 2019.



Exposition du 2 au 17 mars 2019
Chapelle des Capucins, Place Saint Louis, Aigues-Mortes
Entrée libre 10h-12h30/14h-18h
Vernissage 1er mars à 18h30

samedi 27 juin 2015

Vivian Maier, son village français, Alain Poggi, souvenirs d'enfance, la photographie de rue à Courthézon


C'est une immense émotion de découvrir les photos de Vivian Maier, alignées sur les murs de pierre de la salle Daumier de Courthézon, dans le plus simple appareil, comme si elle venait de les accrocher.
Les tirages d'époque sont reconnaissables, ceux qu'elle a vus, gardés aimés.
Son village, Saint Julien en Champsaur est là, avec ses rues, son marché, ses habitants. Ils lui sourient, légèrement en contre-plongée, cadrés au niveau du buste par le Rolleiflex tenu à hauteur de poitrine.

©Isabelle Secretan
Elle a vécu là de 6 à 12 ans, les années les plus marquantes de la vie, avec sa mère, revenue dans son village natal après l'échec de son mariage américain. 
Elle y est revenue une année, à l'âge de 25 ans, soudain riche de l'héritage de la maison familiale, qui lui a permis de se consacrer à sa passion de la photographie, puis en 1958. C'est de ces années 50 que datent les photos exposées.
Passion entretemps nourrie de l'amitié et des conseils de Jeanne Bertrand, dont le talent de photographe est remarqué par le Boston Globe en 1902. Française elle aussi, émigrée aux Etats-Unis une génération plus tôt, elle héberge Vivian et sa mère en 1929 et les accompagne au cours du premier voyage d'enfance dans le Champsaur.

Belle ramification du travail de John Maloof, le "découvreur" de Vivian Maier, l'exposition des photos Champsauriennes montre une autre facette de l'énigmatique photographe des rues américaines, apaisée, souriante au milieu des villageois qui la connaissent et l'ont vue grandir, une vision que l'Association Vivian Maier et le Champsaur contribue à faire connaître. Le passionnant livre de Françoise Perron consacré à Jeanne Bertrand rend ses grandes espérances plus familières encore.

©Alain Poggi

Les photos d'Alain Poggi, sélectionnées à l'issue du concours sur la photo de rue, sont presque contemporaines puisque prises entre 1959 et 1968, à Marseille. Scannées, elles ont été traitées sous DXO pour restituer le rendu du support d'origine, et tirées en 30x45 pour garder les proportions du 24x36. Voilà comment Alain les présente :

" Dans les rues de mon enfance il y a Mireille et Renée, nos petites soeurs.
Dans la bande, nous les garçons, nous les protégions.
Il y a des coins secrets au sommet d'un escalier
Il y a nos sorties sur le vieux port.
Les bateaux sont notre aire de jeux.
Il y a l'école des filles, et les grands, les cacous. Nous les craignions et nous les admirions.
Des slogans germent sur les murs de la Joliette, l'ostracisme n'est jamais loin.
Dans les rues gronde la colère, en Algérie la France est en guerre.
Ce soir, à la télé, De Gaulle va nous parler. 
Dans dix ans l'Algérie ne sera plus Française et Ben Bella ne sera plus là.
Des clochards, au petit matin, dorment sur les trottoirs.
Aujourd'hui, s'ils n'ont pas de papiers, ils auront des cartons.
Pendant ce temps, le jour, je capturais des images
dans ce monde où je vivais.
Marseille, Marseille années soixante.
La nuit sur les grandes ondes, j'écoutais les Stones.
L'enfance terminée, l'internat est arrivé.
Le soir, après l'étude, je quittais le dortoir pour te retrouver dans le couloir.
Le dimanche, dans les rues, je photographiais ton visage, un pont, ou les joueurs de pétanque."
©Isabelle Secretan
A ces deux monographies s'ajoutent salle Daumier les tirages noir et blanc du Photo Club de Courthezon, et dans les autres salles de très belles présentations, avec notamment les deux séries argentiques de Jean-Michel Coulon dit Jean d'Alger, "Arles est sienne" et "Rue des Lires", les jeux de reflets "Street Story" de Gérard Cassin de Sénas, "Dacca" vue par Joost Strickx, les "Chroniques Havanaises" de Pascale Castille du club Phocal d'Allauch et les étonnants Street Art Photographismes marseillais de L.O.H.
Sans oublier les lauriers roses le long de la Seille, et les murailles de Courthézon où le Photo Club sait recevoir.
©Isabelle Secretan
La photo d'Alain Poggi, les garçons dans le gréément, fait l'affiche de notre exposition Thema, à Aigues-Mortes, où une partie de la série est présentée, avec celles de 16 autres photographes du club.


samedi 7 février 2015

Armand Trabuc révèle "Les Couleurs de la nuit", série photographique en tirages Fresson

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
Ce sont des images qu'on n'oublie pas, fortes, profondes, dont les rouges et les jaunes transfigurent le pavé désert. 
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
Les ciels vibrent, les ponts s'animent, les enseignes se lèvent. Nous sommes au bord du monde. 
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
Du Pont de Tolbiac aux extérieurs de Paris, le 20ème siècle transfigure les anciennes "fortifications" dont Armand Trabuc saisit l'étrange poésie.
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
De 1989 à 1992 il s'est promené la nuit avec son appareil photo et ses films diapositive Kodachrome 25 à 200 et Fujichrome, utilisés à leur sensibilité nominale en pose longue de 1 à 3 minutes selon l'intensité lumineuse du sujet. 
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
Depuis l'exposition à Pantin qui a suivi, il a peu montré ses images. 16 tirages sont visibles jusqu'à ce soir à la Médiathèque de Calvisson. 

Il faut vite leur trouver un nouveau lieu de présentation, très vite.
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
"J'aime les déambulations nocturnes, les espaces désertés de toute présence humaine, l'épaisseur du silence, la bascule des couleurs. La ville la nuit est transfigurée par l'éclairage artificiel. Le film lumière du jour utilisé en pose longue, sans filtre réagit aux lumières nocturnes en transgressant la palette usuelle des couleurs. Le ciel vire au violine, le gravier devient or, las pavés baignent dans le pourpre. Les tirages Fresson au charbon couleur, par la vibration de la matière, magnifient ces ambiances." (Armand Trabuc)

La série initiale était constituée de 46 tirages Fresson au charbon couleur, format 60x40 et 50x50.

Avec les deux tirages du cliché ci-dessous, on perçoit la différence entre le tirage Fresson et la diapositive numérisée. Le tirage Fresson apporte nuance, vibration et douceur.
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit (tirage Fresson)

©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit (diapositive numérisée)
Le procédé au charbon direct Fresson a été inventé par Théodore-Henri Fresson vers 1890. Il s'agissait alors d'une fabrication au moyen de pigments constitués par du charbon de bois pulvérisé, d'où le nom de "procédé au charbon".

Le procédé a été étendu ensuite à toutes les couleurs, constituées par des pigments d'une très bonne solidité à la lumière.

Le pigment mélangé à un colloïde est couché sur une surface de papier gélatiné, sensibilisée au bichromate.

Après une impression sous rayons ultra-violets, l'image est dépouillée des pigments non impressionnés par frottement régulier avec un mélange de sciure de bois et d'eau, versé sur le papier. Ce processus permet une large possibilité d'intervention au cours du dépouillement.

Le tirage charbon couleur est obtenu par la superposition des quatre sélections/couleurs de base, reportées l'une après l'autre en repérage.
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit
Après Théodore-Henri Fresson, ses fils Pierre et Edmond continuèrent le traitement du procédé. C'est Pierre Fresson qui, en 1952, a réalisé le premier tirage charbon couleur. Et c'est actuellement le fils de Pierre, Michel Fresson avec son fils Jean-François, qui perpétuent la tradition.

Discret, silencieux, Armand Trabuc poursuit son chemin solitaire dans la lumière noire. Fasciné par l'oeuvre du temps, il construit son oeuvre photographique. Chaque série est le fruit de longs mois de travail et de maturation avant la révélation parfaite de ces images étranges dont le souvenir nous nourrit. 
©Armand Trabuc, Les Couleurs de la Nuit

Jusqu'au samedi 7 février 18h30 à la Médiathèque de Calvisson, Place des Halles, Gard.

3 tirages présentés dans l'exposition "Carte Blanche" à la Chapelle des Capucins d'Aigues-Mortes en novembre 2014.
9 tirages présentés à Sète à la Fonderie chez Christina Rabaste en juin 2014.
La série complète comporte aujourd'hui 36 tirages.
Série "Les visages de l'âge" présentée en juin 2014, salle Nicolas Lasserre à Aigues-Mortes.

Le site de l'atelier Fresson  

samedi 8 janvier 2011

Une soirée avec Thierry Secretan, photographe

A Aigues-Mortes, ce 24 novembre, la mer était belle en noir et blanc. Thierry Secretan ouvrait pour nous les photos de son exposition  "L'Empreinte du Cachalot"


Régates©Thierry Secretan

  Depuis un voyage initiatique en Espagne quand il avait 20 ans, Thierry a parcouru le monde comme journaliste, intéressé non par l'écume de l'évènement mais par le contexte d'une histoire, la recherche des liens, la profondeur des personnages. 

L'empreinte du cachalot©Thierry Secretan

Les mineurs d'Australie, l'or des Ashanti, les cercueils du Ghanale périple de Marie-Joseph Bonnat, les diamants d'Afrique du Sud, les cartes de Marco Polo, les traces de John Lennon, le destin de Jerry Rawlings, autant de récits qu'il a minutieusement documentés.  Chaque sujet représente des mois de travail, de voyage, de rencontre, d'écriture pour une série d'articles, textes et photographies, publiés dans les plus grands magazines. L'un a donné naissance à un livre magnifique "Il fait sombre, va t'en" aux éditions Hazan. L'aventure de Gentleman Jimmy, le roi blanc, l'a conduit au film documentaire.

Il y a quelques années, après quelques mois en Patagonie et une traversée de l'Atlantique sur son voilier, Thierry Secretan redécouvre le plaisir de la photo pure, le carré noir et blanc pris avec son Rolleiflex, tiré en grands formats qu'il expose aux Rencontres d'Arles 2006 ("Haute mer, hautes terres"), puis dans le cadre du Mois de la Photo 2008.


En nous montrant quelques unes de ses photos, en commentant les nôtres, Thierry nous a fait partager quelques conseils simples.


"Ne rien jeter" : la bonne photo ne se révèle pas forcément au premier visionnage. En revenant sur ses clichés, en les montrant, on s'aperçoit souvent qu'une photo écartée est intéressante, qu'elle accroche l'attention, qu'elle raconte une histoire. "Ne rien jeter" : la phrase nous a marqués et elle résonne maintenant à chacune de nos réunions. Cela sous-entend aussi ne pas mitrailler. Accessoirement, ne pas regarder les photos au fur et à mesure qu'on les prend, se concentrer sur le sujet et faire du tri une opération réfléchie, multiple, et si possible partagée car il est difficile de choisir seul.


Ne pas abuser du zoom, "le zoom rend fainéant". S'efforcer même de travailler toujours avec la même focale. Pour Thierry c'est évidemment le 50mm qui a la préférence parce qu'il rend le mieux la vision humaine. 


Conserver ses photos dans un format pérenne pour éviter les pertes progressives du format compressé Jpeg : en Raw pour ceux qui le peuvent, en Tiff plus simple à manier, et surtout sur papier : faire chaque année de beaux tirages de ses meilleures photos est à la fois un plaisir et la meilleure manière de les conserver. 


Quelques aperçus :
Elmina Castle par Thierry Secretan extrait de Castles & Forts of Ghana
         Kwesi J. Anquandah, Ghana Museums & Monuments Board, 1999

Sur les "Fabuleux cercueils" , article de Libération sur l'exposition de Besançon en 2010, et le blog très illustré du montage de l'exposition.
"Shangaï 2010, le mécano futuriste" pour VSD.
Obama au Ghana, correspondance pour Libération en 2009.
"Aux origines de l'apartheid", article pour la revue "Multitudes" où l'on apprend comment un reportage dans les mines d'Afrique du Sud conduit à la découverte et au sauvetage de la collection Duggan-Cronin, 2004.
"César exagère", voir un extrait du documentaire réalisé en 2002 sur la recherche su site d'Alésia.
"Patron noir et or sud-africain", article paru dans "Le Monde Diplomatique" en mai 1998.


Voir Géo Magazine :
- hors-série Portugal,  "Açores, un archipel au rendez-vous des cachalots";
- "Alésia" 2003 ;
- "Mines et apartheid" 2003.




dimanche 18 avril 2010

Jacqueline Denimal, photographe d'Aigues-Mortes et de la Camargue, à l'ancienne

Jacqueline Denimal a un don, elle sait regarder. Elle sait choisir la lumière, cadrer son sujet, se mettre au bon endroit. Elle a l'oeil. Et ses photos sont magnifiques. Pour s'en faire une idée il faut feuilleter ses albums sur le marché d'Aigues-Mortes, le mercredi ou le dimanche matin, et prendre le temps d'aller d'émerveillement en émerveillement.
Toute la Camargue est là : les taureaux, les gazes, les arrivées, la cité et ses remparts, l'Espiguette, la Carbonnière, les marais, les couchers de soleil, les longues ombres des roseaux, la magie de la neige, le parfait miroir des reflets. Elle sait capter aussi bien l'instant du mouvement que l'éternité du paysage.

Rien ne la prédestinait à devenir photographe. Elle avait toujours rêvé d'être peintre ou styliste. Il y a une dizaine d'années, avec son premier appareil photo elle part à l'aventure, l'oeil en éveil. Et ses photos sont belles, d'emblée.

Alors que le numérique fait déjà de nombreux adeptes, elle ne connaît que l'argentique. Elle n'a donc pas droit à l'erreur. Pour elle, pas question d'enclencher le mode rafale dès que les taureaux arrivent. Chaque prise est calculée car chaque photo sera tirée en laboratoire. Cela donne des photos d'anthologie comme cette Porte de la Marine dans laquelle tourne la bandido : beaucoup ont essayé de faire cette photo mais la sienne est parfaite, d'ailleurs elle a fait le tour du monde : ses tirages ont été achetés par des amateurs venus d'Angleterre, de Los Angeles, de Tahiti, de Marrakech. Chaque année Jacqueline se replace en arrière de la porte, elle calcule le jour, le soleil, la poussière, elle prépare son appareil : "je regarde le cheval et le taureau, pas le cavalier ; ce serait le Président de la République, je ne le verrais pas plus."

Chaque année aussi elle se régale à photographier les gazes, à Franquevaux où elle a pris un autre cliché légendaire, à Mauguio, à Lansargues, dans tous les villages où on aime voir nager les taureaux.
De temps en temps quand la lumière est belle, elle part photographier un paysage qu'elle connaît. Elle sait exactement comment elle veut se placer, elle prend deux ou trois clichés, rarement plus. Ses photos ne sont jamais retouchées.

Depuis 1999 où elle a reçu le prix de la ville d'Aigues-Mortes, elle a obtenu cinq prix dont en 2001 le Prix Midi Libre pour sa photo des remparts se reflétant sur l'eau, et en 2007 un prix au festival taurin de Saint Genies de Malgoire pour un reflet de taureaux dans les prés.
Elle travaille avec deux appareils pour la couleur et un pour le noir et blanc et propose des tirages en 10x15, 13x19, 20x30, et sur commande en 30x45 et 50x60. 
Avec courage et ténacité elle vit de ses photos. André Rancurel l'a encouragée à ses débuts et continue à être l'un des ses fidèles admirateurs, Claude Morello aussi. Pour Regards d'Aigues-Mortes, elle est photographe invitée permanente et son regard est unique.

samedi 27 février 2010

L'Eloge du Négatif, des débuts en Italie à Gustave Le Gray et Martin Becka

Le Petit Palais,  musée des beaux-arts de la Ville de Paris, présente jusqu'au 2 mai les premières utilisations du négatif et les débuts de la photographie sur papier en Italie (1840-1862) : l'exposition montre comment l'image est devenue reproductible et comment la photographie est devenue un art à part entière.

Giacomo Caneva La pinède de Castel Fusano



© FratelliAlinari

En 1839 naît à Paris le daguerréotype qui permet d'enregistrer la lumière sur une plaque de cuivre pour produire une image unique. Quelques jours plus tard, Henry Fox Talbot présente à Londres sa technique du négatif papier, qu'il appelle calotype, du grec kalos, qui veut dire beau : avec le négatif papier, pour la première fois, l'image devient reproductible. En appliquant de la cire sur le papier, on le rend translucide. Une fois exposé à la lumière, on peut s'en servir comme d'un calque.

Alphonse Davanne Naples, Piazza del Plebiscito
© FratelliAlinari
Les débuts sont artisanaux mais le procédé s'améliore et se développe rapidement. Il séduit quelques voyageurs éclairés et gagne l'Italie qui est alors le lieu où se forment les artistes européens. Des cercles artistiques se créent : à Rome dans les années 1850 les adeptes se réunissent Via dei Condotti au Caffè Greco par exemple. 

Les premiers photographes s'intéressent au paysage, à l'architecture, mais aussi à l'actualité comme l'épopée de Garibaldi que suivent des Français dont Alexandre Dumas et Gustave Le Gray. Le Gray qui n'est qu'évoqué dans l'exposition, est l'un des derniers à utiliser le négatif papier. Ses célèbres vues de Cette et de la Méditerranée sont des tirages extrêmement travaillés comme le montre cette video de la Bibliothèque Nationale de France


Le négatif verre remplace le négatif papier dans les années 1860 : il autorise une mécanisation des tirages ce qui permet l'essor de l'édition et de l'industrie photographiques. 

En 1852 les frères Alinari ont fondé à Florence ce qui est aujourd'hui la plus ancienne firme photographique du monde : elle possède 3 millions et demi d'images d'archives ; elle a créé un musée et une fondation, à l'origine de l'exposition du Petit Palais avec l'aide d'Anne Cartier-Bresson, directrice de l'Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies de la Ville de Paris. La maison Fratelli Alinari utilise toujours la technique du calotype.


L'un des grands intérêts de l'exposition est aussi la contribution de Martin Becka, photographe contemporain qui a délaissé le journalisme pour se consacrer à la photographie d'art faite selon les procédés des années 1850. Il a d'ailleurs consacré un ouvrage à Le Gray. Un film le montre "sur les pas de Victor Regnault", prenant une vue du Jura comme son illustre prédécesseur l'avait fait à l'époque : cirage et sensibilisation du négatif ensuite installé dans un cadre, portage et installation sur place du pied et du lourd caisson de bois de la chambre noire, montage de l'objectif, insertion du cadre contenant le négatif, exposition pendant 30 minutes, retour au laboratoire pour révélation du négatif, tirage par contact sur papier salé (1 heure dans un cadre sous presse), virage à l'or et fixage. Après avoir vu ce film, on ne regarde plus les photographies de l'exposition avec le même oeil : pour chacune, on imagine les conditions de prise de vue, la longueur de l'exposition, la lenteur du tirage, l'excitation de la révélation. Le procédé si complexe devient intimement familier.


Le Petit Palais, édifice splendide construit pour l'exposition universelle de 1900 et entièrement rénové pour son centenaire, jusqu'aux mosaïques de son bassin extérieur et au fresques de ses galeries, est le lieu rêvé cette exposition.

Pour télécharger la présentation de l'exposition, cliquer ici.
Et voici une video où Susanna Gallego Cuesta, l'une des commissaires de l'exposition, en présente les grandes lignes.


En voici le lexique, extrait du dossier de presse "Eloge du négatif. Les débuts de la photographie sur papier en Italie, 1846-1862 du 18 février au 2 mai 2010" :



"LEXIQUE DES TERMES TECHNIQUES

Pour des explications plus approfondies, voir Vocabulaire technique de la photographie, sous la direction d’ Anne Cartier-Bresson, Paris, Marval/Paris musées, 2008

Calotype : négatif sur papier inventé par Fox Talbot en 1841 et utilisé jusque vers les années 1850-1860. Du grec kalos : beau, le calotype est l’ancêtre du négatif moderne.

Camera obscura : lorsque l’on perce un petit trou dans une chambre noire, le paysage qui est à l’extérieur se projette à l’envers sur la face opposée. C’est le principe même de l’appareil photographique. L’invention de la camera obscura ou « chambre noire » remonte au moins au XIVe siècle, elle était utilisée pour le dessin ; au XVIIIe siècle, il en existait de nombreux modèles plus ou moins perfectionnés.

Châssis-presse : cadre en bois destiné à maintenir en contact le négatif et le papier sensible pendant l’exposition à la lumière.

Collodion humide (procédé au) : procédé de prise de vue photographique sur plaque de verre. Les sels sensibles sont fixés sur le verre par du nitrate de cellulose, le développement doit être effectué tandis que le collodion est encore humide.

Daguerréotype : procédé de photographie en vogue entre 1839 et 1855. L’image est unique et réalisée sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent.
Développement : en photographie, traitement chimique qui consiste à transformer une image latente (invisible) en image visible.

Epreuve : terme emprunté à l’estampe qui désigne les premiers tirages de la plaque gravée avant que l’artiste n’applique ses corrections définitives. Par extension, ce terme désigne également une estampe terminée. Par analogie avec l’estampe, la photographie utilise un vocabulaire similaire. L’épreuve photographique, qui ne devrait désigner qu’une forme intermédiaire de tirage permettant « d’éprouver » les possibilités offertes par le négatif, qualifie également le tirage définitif.

Fixage : traitement chimique destiné à éliminer les sels sensibles résiduels. Après le bain de fixation, l’image est stable et peut être observée à la lumière sans subir de modification.
Négatif : photographie dont l’échelle des valeurs est inversée par rapport à celle du sujet photographié.

Papier albuminé : procédé inventé par Blanquart-Evrard en 1850. Une feuille de papier est recouverte d’une couche d’albumine contenant du sel, puis sensibilisée par flottaison dans une solution de nitrate d’argent. Des sels photosensibles viennent se former dans la couche d’albumine. Après séchage, le tirage est fait par noircissement direct. L’image était généralement virée à l’or, puis fixée.

Papier salé : procédé photographique de tirage utilisé entre 1839 et 1850. L’image était obtenue par noircissement direct puis virée et fixée.

Tirage : opération consistant à produire une image positive à partir d’un négatif. Désigne également l’épreuve photographique ainsi obtenue.

Tirage contact : tirage obtenu en plaçant le négatif en contact direct avec la surface sensible. Un tirage contact a la même dimension que le négatif. Alors qu’au XIXe siècle la plupart des tirages était réalisée par contact, ce qui nécessitait des négatifs de grand format, aujourd’hui les planches contact ne sont utilisées que pour choisir le meilleur négatif susceptible d’être agrandi.

Virage : traitement chimique destiné à changer l’aspect visuel ou à améliorer la stabilité d’une photographie. L’argent est combiné à un autre composé comme l’or, le platine, le sélénium, le soufre, etc.

Extrait de Bertrand Lavédrine, (Re)Connaître et conserver les photographies anciennes."